La Charte Nationale de la Résistance a défini le principe des retraites comme une solidarité de la population sur la base de la répartition des richesses.
En 1993, Edouard Balladur a commencé de réformer le régime des retraites en divisant salarié du public et salarié du privé, en allongeant la durée de cotisation de ces derniers à 40 ans. Sous
prétexte du vieillissement de la population et du déficit de la sécurité sociale, le gouvernement Raffarin a, en 2003, aussi allongé la durée de cotisation, cette fois-ci, pour les fonctionnaires
de 37,5 annuités à 40. Selon la logique gouvernementale, la sécurité sociale ne pourrait plus pallier au déséquilibre cotisants/retraités. Alors que le même gouvernement donnait la possibilit é
aux entreprises d'être exonérées de charges fiscales. Et dans le même temps les législations anti-immigration n'ont cessé d'être durcies.
En 2007 le gouvernement Sarkozy s'est attaqué aux régimes spéciaux qui n'avaient pas encore été touchés. Ces régimes spéciaux ont été mis en place du fait de la pénibilité particulière des
conditions de travail. Celles-ci, si elles ont évolué, restent toujours difficiles comme celles des cadences des agents de conduite de la SNCF et de la RATP. Le gouvernement a pourtant pour
argument que le critère de pénibilité des conditions de travail est "dépassé". De plus, en stigmatisant les cheminots comme privilégiés, le gouvernement a pu imposer l'idée du départ à la
retraite à 60 ans. Le gouvernement Fillon a ainsi ouvert la possibilité d'allonger encore le temps de cotisation de 40 annuités, à 42 voir 45, pour instaurer à terme un système de retraite par
capitalisation (privé).
Pour soutenir ces revendications, des grèves historiques ont eu lieu. Le nombre de grévistes à la SNCF et à la RATP, n'avait jamais été aussi important. Et cette grève, s'est prolongée pendant 15
jours, 60% des personnels environs étaient en grève à la RATPet 30% à la SNCF. Face à ce mouvement, le gouvernement a tout fait pour monter la population française contre les grévistes en les
décrivant comme une minorité privilégiée. Dans un second temps, voyant que l'ampleur de la grève ne diminuait pas, le gouvernement a proposé aux syndicats de négocier.
Après deux semaines de grève, la direction de la CGT a proposé une suspension de la grève pendant la durée des négociations, la suspension étant soumise aux résultats de ces dernières. La
direction de la CGT se donnait ainsi un moyen efficace de casser la grève, qui s'est arrêtée petit à petit.
Les négociations se sont réduites en peau de chagrin. Le gouvernement n'a pas accédé aux revendications des grévistes. Mais, la grève a permis d'accéder à des assouplissements minimes. Ainsi,
l'allongement des cotisations n'a pas atteint la durée initialement prévue. Et une compensation financière a été instaurée de quelques dizaines d'euros par an. Le gouvernement fait ainsi un
pied-de-nez à la grève.
Laure Sabler
INTERVIEW
Pour faire le bilan de la grève des cheminots pour la défense des régimes spéciaux, la rédaction a souhaité laisser la parole à Fabien Villedieu, agent de conduite SNCF, syndicaliste SUD
Rail.
Que penses-tu du résultat de la grève des cheminots ?
J'’en tire un bilan en demi-teinte. Les cheminots ont subi une défaite par rapport à tout ce pourquoi il se sont battus mais sur le terrain la grève a été très suivie. Nous avons atteint les 75%
de grévistes le 18 octobre 2007 et 65% le 14 novembre. Ces deux conflits ont atteint une ampleur historique. Le résultat est que nous avons limité la casse par rapport à ce qui était initialement
prévu. Nous allons devoir bosser 2,5 ans de plus ce qui amène notre départ en retraite à 57,5 ans. Nous ne sommes pas alignés sur le public ni sur le privé. Sarko voulait absolument 60 ans pour
tous et il n'y est pas arrivé. Je pense que notre grève a peut-être contribuée à ce que Sarkozy ait baissé dans les sondages.
Pourquoi cela s'est-il terminé ainsi ?
Je pense que 2 facteurs se recoupent quant à ce résultat. Il y a eu un décalage important entre la base et les grandes centrales syndicales. Elles nous ont lâché. En 2003 on a expliqué qu'il
fallait faire grève tous ensemble pour les retraites afin de ne pas se retrouver isolés. Et aujourd'hui c'est le cas, nous avons été isolés et ça nous a fait bien mal. De même la question
politique est fondamentale. Il y a un travail de sape en œuvre depuis le mouvement de 1995. Les médias ont toujours été contre nous. Cette fois-ci même une partie de la gauche s'est positionnée
contre nous. Certains de ses dirigeants traditionnels, comme Manuel Valls, se sont prononcés en faveur de la casse des régimes spéciaux.
Le mouvement des étudiants contre la LRU s'est prononcé en faveur du vôtre…...
Parmi les cheminots il y a eu une véritable sympathie pour la lutte des étudiants même si ces questions ont pu sembler lointaines. On a bien ressenti qu'il y a un projet global et qu'ils nous
attaquent un par un. Mais nous n'avons pas réussi à construire un tous ensemble avec les étudiants. Les régimes de retraite doivent aussi sembler lointains aux étudiants. Tout ça c'est bien
dommage.
Tu va passer en conseil de discipline prochainement peux-tu nous en dire plus ?
J'y passe en février avec Aziz. Il nous est précisé que c'est un dernier avertissement avant révocation avec 6 jours de mise à pied pour Aziz et 12 pour moi. C'est un acte de répression classique
après une défaite. La direction de la SNCF est revancharde et veut museler SUD Rail le syndicat le plus contestataire. Nous sommes pour cette direction des mauvais élèves du syndicalisme. Nous
n'allons pas négocier en costard comme Didier Le Reste. Concrètement la direction reproche à Aziz une altercation avec un provocateur de la FGAAC (syndicat corporatiste n'appelant pas à la grève)
et à moi d'être passé dans un JTde France 2 sans autorisation de la SNCF. Ce qui a choqué mon directeur dans le reportage, c'est que j'expliquais nos cadences et le fait que je n'avais pu dormir
que 5 heures. Cela risque d'effrayer les voyageurs. SUD Rail va donc lancer une campagne en notre faveur avec, en plus de l'information, au moins un appel régional à la grève .
Propos recueillis par Laurent Bauer