Les syndicats « représentatifs » se sont mis d’accord avec le patronat sur un projet de « modernisation du marché du travail » qui entérine un peu plus de régression et de vulnérabilité des
salariés face à la précarité, à part la CGT qui a déjà annoncé qu’elle ne signerait pas cet « accord » de précarisation, et Solidaires qui n’était pas invité à ces négociations. Les menaces du
gouvernement de légiférer unilatéralement, l’arrogance du MEDEF et surtout la prochaine réforme de la représentativité syndicale ont porté leurs fruits.
La période d’essai pourra passer à deux mois renouvelables selon les accords de branche pour les employés et ouvriers, soit jusqu’à 4 mois de période d’essai contre deux actuellement. Comme si un
patron avait besoin d’autant de temps pour savoir si un employé est qualifié pour un poste ! Il s'’agit en fait de mettre la pression le plus longtemps possible sur les salariés afin de disposer
d’une main-d’œuvre plus précaire, donc moins en mesure de défendre ses droits. La période d’essai est toujours une période de stress accru pour les salariés, avec l’impossibilité de s’engager
pour la location d’un logement, par exemple. C’est la même logique que pour le CPE et le CNE : des salariés toujours plus précaires.
Le contrat à objet précis, « réservé » aux cadres, institutionnalise et pérennise l’intérim comme norme pour le travail qualifié. Au-delà de 18 mois, le salarié ne conserve son poste que le temps
jugé nécessaire par le patron à la « fin de mission », aucun dispositif de recours n’étant prévu dans l'’accord.
La rupture conventionnelle est présentée comme une grande avancée car permettant au salarié de toucher des indemnités de chômage. C’'est sans tenir compte du rapport de force salarié-patron et
des risques de contournement du dispositif : c’est la direction départementale du travail et non l’inspection du travail qui valide le caractère « amiable » du licenciement. La rupture
conventionnelle incitera des patrons à rendre la vie impossible à certains salariés pour les forcer à accepter un licenciement sans indemnité, c’'est souvent le cas dans certaines boîtes pour les
plus anciens et donc les mieux payés des salariés. Cette mesure rejoint la vieille revendication patronale de faire que la signature du solde de tout compte interdise toute réclamation ou
poursuite ultérieure aux prud’hommes, forçant les salariés à choisir entre le respect de leur droit ou le salaire du mois en cours !
Pour faire signer FO, la CFDT, la CFTC et la CGC, le patronat a lâché sur la conservation du solde d’'heures de droit individuel à la formation en cas de licenciement : la précarité devenant la
norme, il faut bien organiser la formation des salariés. Quand à la « prime forfaitaire » pour les jeunes chômeurs, aucun montant n’a été fixé.
Encore une fois, les directions syndicales négocient le recul de nos droits, ou appellent à des mobilisations insuffisantes comme la CGT le 22 janvier. C’'est d’un mouvement dur de l’ensemble du
salariat dont nous avons besoin pour mettre un coup d’arrêt à la casse sociale généralisée, et pas de journées d’action espacées de plusieurs semaines, voire de mois entiers.
Adrien Nicolas